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Michel Pépé - The best of Espace Turquoise
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“Mettez-vous à la place des autres. Si vous y arrivez, vous ne serez plus capable de faire du mal à autrui. (Bouddha)

 

Je devais oublier l’étape de ma relation mais une mémoire sensorielle et émotionnelle n’oublie rien, c’est un mot qui n’existe pas pour elle. L’apaisement rassemblait les pièces du puzzle de la vérité, celle qui était cachée et le calme revenait. Je prenais conscience de cette expérience et encore plus, de la puissance de mes sens, de ma mémoire et de ma liberté. J’avais la vision du présent et cela était également vrai pour le devenir.

Être sensorielle, c’est ressentir ce que l’autre aime mais, c’est aussi percevoir un devenir par tout ce qui dégage de sa personne, dans son présent.

Mes souffrances, en tant que femme, ne devaient ni se proliférer et ni être subites. J’éduquais mes enfants dans cet esprit de conscience afin de contribuer au changement de cette catégorie d’hommes, qui ne respectent pas les femmes en tant qu’être humain.

Au fil du temps qui passait, les souvenirs s’envolaient pour se noyer dans l’horizon et laisser la place au partage des vraies valeurs humaines et de l’amour inconditionnel.

 

Il y avait un homme avec lequel, je passais beaucoup de dimanche, c’était un frère qui était célibataire. Je lui apprenais ma décision de reprendre ma liberté, deux ans plus tôt.

Après la naissance de mon deuxième enfant, nous envisagions de partir en vacances ensemble. J’avais pris ma décision de vivre seule, lorsque mon bébé réveilla mes sens qui s’endormaient pour l’éternité et je devais choisir entre ma liberté dans l’année ou attendre un an pour la prendre.

Mon frère avait été victime d’un cancer à la thyroïde et ces trois semaines de vacances étaient les premières de sa vie. J’avais pris le choix de gérer et de prendre sur moi, chaque jour, pour tenir ma promesse du cœur, en partant de l’autre côté de la France afin de suivre les cascades dans nos randonnées.

Ma mémoire sensorielle enregistre également les détails et ces souvenirs sont très émouvant mais d’un intense bonheur, de l’avoir rendu heureux en pensant à lui avant moi.   

Après ces vacances, nous avions continués nos randonnées qui nous permettaient d’avoir beaucoup d’échanges sur nos vies, nos travails et notre famille. Une écoute familiale partagée est mieux entendue qu’une écoute par un couple, qui ne comprend pas toujours la solitude ou alors, non disposé à l’écoute humaine et l’ouverture du cœur.

La meilleure écoute reste celui qui aura vécu l’évènement car il entend l’autre dans la compréhension et le respect.

Nous faisions également beaucoup de kilomètres à vélo ensemble mais l’endroit où il se sentait heureux, c’était sur les champs de courses. C’était son ‘dada’, sa passion, son bonheur. Il remplissait des pages de pronostics et il lisait tous les journaux avec les renseignements sur chaque cheval. Lorsque nous allions voir une course, il avait tous les noms des chevaux et des jockeys en tête. Je n’arrivais pas à le suivre mais j’aimais aller voir les chevaux avant chaque course et je jouais sur celui que je ressentais le plus, en fonction de son allure, la couleur de sa robe et même la façon dont il bougeait ses oreilles car les chevaux sont très perceptifs. J’utilisais mon ressenti pour parier et cela me réussissait plutôt bien.

Nous étions heureux à partager ces moments ensemble, avec une complicité, celle d’être libre et dans l’amour inconditionnel celui, qui respecte l’autre. Ce qui était surprenant, c'était l'aperçu de cette complicité comme celle d'un couple mais rares, sont les couples à avoir cette complicité dans un amour inconditionnel.

Un jour, il m’annonçât qu’il allait construire sa maison car il vivait chez notre mère. Cela ne l’enchantait pas énormément puisqu’il allait se retrouver seul dans sa maison ainsi que notre mère. Il avait pris sa décision car notre mère recevait des reproches qui la faisaient souffrir.

Lui aussi, il fut un cas inespéré à dix-huit mois. Lui aussi, avait un cœur avec un amour inconditionnel, facile à vivre et toujours prêt pour rendre service. Et lui aussi, il gênait.

Notre mère habitait la campagne et sans moyen de locomotion mais la jalousie et l’égocentrisme ne regardent pas les besoins de l’autre et ni son choix de vie. Seulement, mon frère ne gênait pas lorsqu’il emmenait notre mère faire ses courses ou chez le médecin ou à l’hôpital ou faire des analyses ou rendre visite à des amies et à la famille ou simplement d’être présent pour qu’elle ne soit pas seule.

Le pouvoir de l’argent et la peur d'avoir moins que l'autre, étaient devenus des facteurs qui gonflaient le nombril de l’égo, en faisant beaucoup de mal aux autres, sans savoir qu’il en semait autant à l’intérieur de son être lui-même.

La maison de mon frère se construisait et il me demandait de l’accompagner dans les magasins, pour avoir mon avis sur des meubles ou la décoration.

Il poursuivait sa créativité dans sa maison et son déménagement. De mon côté, j’entamais mes démarches pour refaire des études afin d’avoir un salaire à temps complet.

Je me retrouvais une fois de plus face à un mur, celui d’être incapable parce que je n’avais pas de diplôme ou pas de connaissance dans le domaine choisi. Je me demandais, à quoi servait la possibilité de préparer des formations pour permettre de changer d’activité, s’il fallait avoir déjà les bagages. Pour obtenir mon droit à cette formation, je devais montrer ma motivation devant cette incohérence mais j’aimais les défis, pour moi-même et pour montrer les capacités d’une femme face à un autre mur, qui devenait une routine pour moi. J’avais réalisé un bilan de mes compétences pendant quelques mois sur des supports, en m’aidant avec tous les livres que m’avait prêté le Directeur du collège de mes enfants et qui me motivait dans ma démarche. Lorsque je recevais les corrigés de mes supports, les premiers me mettaient le sourire en berne mais gagner plus d’argent pour donner plus à mes enfants étaient ma motivation première et j’étais devenu une étudiante solitaire, qui occupait toutes ses heures libres dans ses bouquins, en mettant de côté les égos qui me rabaissaient.

Les mois s’écoulaient et les corrigés me revenaient avec des émoticônes qui m’encourageaient toujours plus. C’était devenu presque une complicité car je ressentais les émotions du correcteur au travers de ses corrigés. Au final, je rentrai dans une formation pour préparer un BAC avec deux mois de retard.

Je retournais sur les chemins de l’école à trente six ans où je réalisais 39h de cours avec des revenus à mi-temps. Les premières semaines, j’avais un mal-être qui perturbait mes cours. Je n’étais plus seule avec mes bouquins mais entourée d’autres élèves et mes stimuli captaient les émotions et les échanges des personnes présentes, ce qui me déconcentrait énormément et me fatiguait.

Mon travail n’était plus le même et je devais redoubler d’effort pour me concentrer afin de réaliser mon but. Je prenais conscience que mes capacités avaient besoin d’un contexte particulier pour effectuer un bon travail.

Un jour de cours, j’avais reçu un message de ma mère. Mon frère était tombé malade, il perdait l’équilibre et s’effondrait sur le sol. Ma mère n’avait pas la force de relever son corps et je me remémorais l’égo et les misères de son nombril, en me demandant où se trouvait-il à ce moment-là avec sa conscience.

Le cancer avait refait surface en s’installant dans son cerveau. Il avait été hospitalisé pour subir une intervention chirurgicale. J’allais lui rendre visite et en même temps, je prenais en charge ses papiers et son linge de rechange. Au fil des jours, il reprenait des forces et le moral, avec le personnel de l’hôpital qui faisait de son mieux. Mes journées étaient bien remplies car j’avais mes enfants et ma mère à soutenir dans cette épreuve. Après quelques semaines, il était ressorti et reprenait doucement la vie. Il était retourné vivre dans sa maison mais je savais que quelque chose n’allait pas. Il s’était lancé dans cette aventure de maison pour être tranquille et puis, pour que notre mère ne subisse plus des reproches mais il était dans un mal-être car cette vie n’était pas la sienne et la savoir seule l’angoissait.

Nous allions chez lui passer des dimanches et partager une coupe de champagne pour fêter mon diplôme. Il était heureux de voir mes enfants qui s’amusaient dans sa maison. L’un deux était son filleul et il lui avait appris quelques rudiments de la pêche, en lui promettant d’y aller un jour ensemble.

Quelque chose m'avait choquée dans le comportement de personnes qui le côtoyaient habituellement. C'était la façon de lui dire bonjour. Il avait un bandage autour de la tête mais cela n'empêchait pas de lui dire bonjour comme à l'accoutumé en faisant la bise. Je ne comprenais pas, c'était comme s'il était devenu contagieux et lui aussi avait été peiné de voir l'image que pouvait donner le cancer.

Quelques mois plus tard, il rechutait et il allait subir deux autres interventions au cerveau. J’allais avant l’intervention pour le soutenir et après, en ayant un droit de passage dans l’aile des soins intensifs. Il était heureux de me voir après ses opérations car il avait peur de ne pas se réveiller et son chirurgien me confia, que lui non plus ne pensait pas que mon frère allait se réveiller après une troisième opération. Il passa encore plusieurs semaines à l’hôpital, au même étage et dans le même service.

Pendant mon stage de formation, j’allais déjeuner avec lui le midi. J’avais le droit à un petit café et à un surnom car le service commençait à me connaître autant que lui. Parfois, il était triste car il n’avait pas autant de visite qu’il aurait souhaité, dans ses longs séjours à l’hôpital. Il me faisait un rapport de ces journées et je le laissais parler car il avait besoin de communiquer, de partager, de se sentir toujours aimé et vivre !

On partageait sur la maladie, comment vient-elle ? Elle était montée au cerveau mais elle avait commencé peu de temps après le nuage qui avait, peut-être, traversé la France ? Et pourquoi était-elle réapparue plus tard, au sternum et au cerveau ? Son cœur et sa raison regrettait d’être partie de chez notre mère, pour construire une maison qu’il ne profitera pas et que l’État prendra. Je ne voulais pas l’entendre négativement et je faisais dévier les sujets qui le faisaient souffrir encore plus.

Quelques semaines plus tard, il avait été transféré dans un autre bâtiment de l’hôpital. Lorsque j’étais arrivé, j’avais été sollicité par l’infirmière car que mon frère avait donné sa procuration, pour m’occuper de ses papiers administratifs en prévention. Le dernier mot m’avait mise en alerte mais sans en avoir d’avantage d’explication. Le personnel de l’hôpital l’appréciait pour son courage, son respect de la profession malgré son mal. Il apprenait à chaque fois des anecdotes au sein de ces bâtiments qu’il me racontait et dont certaines nous faisaient rire. Cela me faisait toujours du bien de le voir sourire car je devais partir pour emmener mes enfants en vacances.

Je n’avais pas prévu de partir très loin et deux jours plus tard, l’hôpital m’appelait pour me signaler que mon frère avait voulu rentrer et qu’il était retourné chez notre mère.

En rentrant des vacances, je savais que je devais m’attendre à quelque chose même s’il montrait à ma mère et aux autres membres de la famille qu’il allait mieux.

Il me donnait les clés de sa voiture que je devais conduire, pour l’emmener sur des lieux qu’il aimait. Il me disait : « c’est la dernière fois que je viens dans ma maison, c’est la dernière fois que je vais voir mon père, c’est la dernière fois que je vois tous ces endroits ». Parfois, les lieux demandaient des efforts car le terrain n’était pas plat mais il ne voulait pas que je l’aide. C’était avec ses béquilles qu’il marchait sur la fin de son chemin, avec une force démesurée et je devais respecter cela. Il me parlait sur différent sujet, en sachant que c’était des conseils qui venaient du plus profond de son être et je devais là aussi, être à son écoute et tout enregistrer. Il tenait à être présentable devant les autres personnes et je l’aidais afin que sa dignité soit préservée.

Chaque jour devenais de plus en plus difficile pour lui et la maladie l’obligeait à rester alité. Je passais tous les jours et je lui posais un patch en m’assurant qu’il prenait tous les médicaments contre la douleur. Je lui massais les pieds, ce qui lui soulageait un peu la douleur du dos. J’étais à ses soins et il savait qu’il pouvait compter sur moi quoiqu’il arrive. Lorsque les vomissements de la fin commençaient, je m’en occupais à ses souhaits car cela faisait partie de sa dignité même si, cela offusquait certaines personnes. A ce moment-là, l’égo n’avait pas sa place et montrait la petitesse de son esprit humain en le regardant de loin alors qu’ils avaient aussi passé des bons moments ensemble. Pour une fois, l’égo pouvait se taire et simplement prendre la main d’un mourant sans se préoccuper de son propre nombril.

C’est toute la différence entre un être humain hypersensible qui pense à l'autre et l'égocentrique qui pense toujours à lui, même dans les moments de fin de vie.

Le médecin avait pris la décision de le ré-hospitaliser. J’étais retournée à l’hôpital et il n’y avait personne, encore seul ensemble jusqu’à une fin que je ne voulais pas entendre car lui seul comptait dans ce moment-là. Il m’avait demandé de le retourner dans son lit pour avoir moins mal. Ensuite, il me disait de prendre la chaise qui se trouvait dans un coin, pour la mettre à côté de la fenêtre. En lui demandant pourquoi, mon frère me répondit : je sais que tu aimes le soleil, là tu en auras et il ferma les yeux comme s’il dormait, en me laissant un dernier rayon de soleil à l'aube de ses 45 ans.

Mes pas près de lui, m'ont appris les vraies valeurs de la vie, l'importance d'être une famille, d'aimer toujours inconditionnellement et l'inconscience des êtres humains de ces valeurs.

Le sentier des citations et des émotions

"Si tu veux connaître quelqu'un, n'écoute pas ce qu'il dit mais regarde ce qu'il fait" (Dalaï-Lama)

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