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Michel Pépé - The best of Espace Turquoise
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‘Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis’. (Victor Hugo)

A la naissance, nous entrons dans le monde terrestre, celui de la vie humaine mais aussi de la différence. Toutes les causes de différences sont des sujets ou des choix de comparaisons, en notre faveur ou défaveur. Ils rendront heureux ou feront souffrir un être humain, qui n’est pas différent des autres car c’est un être unique en soi avec son libre-arbitre et pourtant, nombre de fois cette liberté ne lui est pas respectée.   

Ma différence commence à ma naissance, dans cet espace de vie inconnu et sur un chemin incertain. C’était les années où les familles des campagnes, mettaient au monde leurs enfants à domicile. Je n’étais pas encore née que déjà, j’étais différente en naissant dans une clinique et la huitième merveille aux yeux de mon père, qui allait bousculer tout un petit monde.

Je suis née ‘bébé bleu’, une petite pierre rare de deux kilogrammes dont ma fin de vie était préméditée sur ma survie, par un manque d'oxygène.

Malgré le monde médical qui m’entourait, rien ne pouvait-être envisagé dans ces années où mon cas arrivait en avance et que seul, la bénédiction de Dieu était demandée comme dernier recours.

Sans doute, avais-je quelque chose à réaliser pour recevoir la lumière divine et qui allait m'accompagner tout le long de mon chemin.

Mon père était ouvrier dans une fonderie et ma mère élevait ses huit enfants.

Les aident sociales n’existaient pas pour eux et ils devaient faire vivre toute leur famille avec un cas inespéré.

Ils n’avaient pas non plus les études et le salaire d’un BAC ni même d’un CAP mais ils avaient une conscience, de la créativité, en trouvant des solutions et l’huile de coude pour les exploiter.

La nourriture naturelle était celle qu’ils semaient et récoltaient ou élevaient.

Les fruits et légumes sortaient du jardin au fil des saisons. Le lait venait des quelques vaches laitières, utilisé en partie pour la consommation et la fabrication de tous les bons desserts. Le lait et les petits veaux qui naissaient, étaient vendus pour acheter d’autres nourritures comme le beurre, le pain et autres fournitures consommables. La viande était transformée après l’élevage des volailles et du cochon qui, lui, était le composteur naturel de la famille. Les omega3 du poisson était pêché en rivière ou en étangs et la volaille pondait des œufs frais.

Le jus des pommes était pressé dans un petit pressoir à l’ancienne et devenait du bon cidre, qui finissait son cycle en vinaigre pour les salades.

Après les récoltes et les cueillettes, les étagères et le congélateur se remplissaient pour les réserves de l’hivers.

Ma croissance avait bénéficié des bonnes nourritures données par la sueur du front et l’amour du cœur, au milieu d’une nature saine. Pour fortifier mes os, je devais faire des cures d’huile de foie de morue liquide, ce qui ne m’enchantait pas mais était une obligation.

On choisit ses amis ET sa famille. Aurai-je survécu en naissant dans une famille plus aisée vivant à la ville, ayant la facilité des achats préparés avec des aliments transformés maintes fois, poivrés de pesticides, d’herbicides ou d’hormones et une nounou en substitution de l’amour maternelle ?

L’argent est devenu un remplacement pour pallier aux efforts mais il n’achète pas le savoir-vivre ni l’amour inconditionnel et ni la vie.

 

A quatre ans, j’avais commencé à comprendre les êtres humains. Lorsque j’accompagnais mes parents rendre visite à une grand-mère, je savais que quelque chose n’allait pas. Je ressentais les émotions de ma grand-mère qui me donnait des chocolats et m’avait tricoté une robe bleue. Je ressentais aussi, les émotions des autres personnes qui lui rendaient visitent. Il fallait rester sage, le silence était comblé par quelques mots de banalité mais leurs regards en disaient plus longuement. Je demandais à ma mère pourquoi mon père s’absentait mais je ne recevais pas l’entière vérité et je savais qu’il était triste. Un jour, nous lui rendirent une autre visite mais cette fois, je devais rester dans la voiture. Je voyais un cercueil sortir de la bâtisse en sachant que ma grand-mère se trouvait à l’intérieure.

Depuis, je sais que j’enregistre dans ma mémoire tout ce que je vois, ce que j’entends, ce que je sens et ressens. Ma naissance m'avait donné des sens plus intenses que la moyenne.

Je pensais que cela était normal mais j’entendais des mensonges, je voyais des choses qui restaient cachées, des non-dits, je ressentais les émotions des autres. Je ne comprenais pas pourquoi ils agissaient de cette façon ; de mentir aux autres mais les autres, ne voyaient pas ce que je voyais. J’avais laissé de côté la réponse qui restait aux adultes et je m’étais enfermée dans mon espace, hors du temps de ceux qui m’entouraient.

Les animaux étaient mes vrais amis sans faux semblant. J’avais quelques chiens et beaucoup de chats. Je n’acceptais pas la fin de vie d’un animal et je cachais toutes les naissances afin qu’ils eussent le droit de vivre. Les dépendances qui abritaient la paille et le foin étaient assez grandes pour leur attribuer une quinzaine de petites places.

Lorsque l’un deux était malade, je le soignais avec des gestes naturels et sa vie reprenait de l’énergie. Je lui donnais des soins avec un bout de tissu, de l’eau, des caresses et je lui parlais.  J’avais enregistré aussi tout le rituel d’une fin de vie et à sa mort, je le déposais dans une boite avant de l’enterrer, sans oublier la prière et la petite croix. Le décès de ma grand-mère m'avait laissé une trace immuable au respect de la mort.  

Vers huit ans, ma première insufflation avait été sur un pigeon sans vie, sous le regard incrédule d’un membre de ma famille, puis le pigeon repris son envol de la liberté.

Pour ce geste, j’avais enregistré dans ma mémoire, les informations que m’avaient donné les ambulanciers après l’accident de mon père. Ils m’avaient expliqué ce qu’ils faisaient à sa jambe qui était cassé. Après l’avoir installé sur un brancard, ils avaient placé sa jambe dans une poche afin de la protéger et l’immobiliser pour le trajet vers l’hôpital. Après quoi, ils m’expliquaient que le souffle, c’était la vie et en soufflant dans la poche, la jambe de mon père allait être protégée. Leurs propositions de le faire était resté timide un moment et sans le savoir, j’assistais aux gestes de premiers secours sur un être humain.

J’accompagnais mon père partout dès que c’était possible et souvent, je demandais où il se trouvait. Lors d’un passage au village, il s’était arrêté en me demandant de l’attendre cinq minutes dans la voiture. En revenant, je l’avais questionné mais il restait muet avec un sourire. Il ne pouvait rien me cacher et j’attendais le jour J pour preuve de mon savoir. Le J arriva le jour de Noël avec mon cadeau, le vélo blanc dont je rêvais à chaque passage devant la vitrine. C’est aussi ce jour qui me confirma mes doutes sur le père Noël. J’étais très vexée de cette confirmation, plus que de connaître à l’avance mon cadeau. Comme tous les autres secrets, j’avais décidé de le garder car je savais la valeur que ce cadeau représentait pour mon père, la privation qu’il avait dû faire et le bonheur de me rendre heureuse.

Derrière sa cuirasse de grand dur, solide, travailleur, se trouvait un être avec un grand cœur qui cachait des émotions, que ma petite cuirasse frêle et fragile arrivait à faire fondre dans les coups durs. Je le voyais parfois se cacher, lorsqu’il avait trop de tristesse qu’il ne pouvait retenir. Ses visites chez le médecin étaient rares mais pas pour rien et le « rebouteux » était le médecin de sa large carrure. Les plantes que la nature mettait à disposition, soulageaient beaucoup de ses maux.

Nous vivions dans une petite maison d’environ 40m2, qui servait de pièce à vivre et de chambre, dont les armoires faisaient office de séparation. Le grenier de la maison était la deuxième chambre avec l’ouverture à l’extérieur et une échelle pour y accéder.

Cette vie rudimentaire avait ouvert le cœur du brave Maire du village, en aidant mon père à construire une maison pour réunir sa famille. Le Maire, l’employeur, la banque, les partenaires, tous avaient participé à l’entraide humanisme pour ce projet familial.

Au fil des années, cet humanisme à disparue par l’oubli des bases fondamentales et de la cupidité qui différencie l’être humain.

Un jour d’école, je m’étais exemptée de sport pendant le cours. J’avais inventé un malaise, qui en était un mais c’était l’un de mes malaises qui me prévenait sans le savoir, d’un évènement à venir. Une personne du village que je connaissais, parlait avec mon professeur de sport. Mon professeur, je la connaissais aussi pour savoir qu’elle allait me dire quelque chose de dramatique. Elle m’annonçait, en contenant sa tristesse, que mon père était mort. Mon professeur n’avait pas pu poursuivre son cours, mes amies pleuraient pour moi mais mes larmes ne sortaient pas. J’avais besoin de voir mon père, de ressentir par mes sens et mon cœur, la confirmation de cette annonce.

En arrivant chez moi, j’embrassais à peine ma mère qui pleurait car la seule chose que je voulais voir, était mon père. Il était allongé au milieu de son lit, recouvert d’un drap blanc. Je voulais être seule avec lui, je m’étais agenouillée pour être à la hauteur du drap en attendant qu’il se soulevât sous sa respiration. Mon père était fort, robuste et je ne voulais pas croire qu’il arrêtait de respirer. J’avais attendu longtemps en fixant ce drap, jusqu’au moment où je vie le filet de sang couler. Mon père avait aussi sa dignité et je savais, qu’il n’aurait pas voulu que quelqu’un le voit. J'ai donc pris un coton pour essuyer le sang qui coulait de son nez. J’avais compris que c’était fini et qu’il irait, lui aussi, dans une boite.

Il était fier de sa grande famille et de tout le travail réalisé en partant de rien. Je savais qu’il n’allait pas bien face à des tracas émotionnels et la « petite recette » avait été remplacé par des comprimés d’aspirine mais une grande cuirasse était égale à une grande potion et les émotions ont eu raisons de son cœur.

Treize ans c’est long, mais surtout, une très courte présence d’un parent pour un enfant où le simple bonheur de la vie était le bonheur de vivre.

L’image de la petite fille sage, frêle et fragile à son père était restée ancrée. Elle était déplacée de temps en temps mais sans voir qu’elle était un être humain qui allait grandir sans papa. Pendant toutes ces années, elle avait appris et mémorisé la valeur de la vie et connaître les âmes autour d'elle, par l’intensité de ses 5 sens.

 

J’en voulais à mon père de m’avoir abandonné mais lui, ne voulait pas m’abandonner et encore moins mourir. Ce sont les actes irresponsables, qui portent atteinte à la vie d’autrui en engendrant un mal-être émotionnel et facteurs de maladies et de souffrances.     

Ma consolation restait sa présence, dans la dimension de mon espace

Le sentier des citations et des émotions

"Si tu veux connaître quelqu'un, n'écoute pas ce qu'il dit mais regarde ce qu'il fait" (Dalaï-Lama)

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